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L'Egypte clé des stratégies au Moyen-Orient : trente ans de politique égyptienne et arabe sous Hosni Moubarak
L'Egypte clé des stratégies au Moyen-Orient : trente ans de politique égyptienne et arabe sous Hosni Moubarak
Mohamed Anouar Moghira
L'Age d'Homme
Lausanne
2009
La chute et le départ inattendus de Hosni Moubarak semblent avoir plongé dans un état de sidération les dirigeants occidentaux qui avaient fait de lui un partenaire majeur de leur politique proche-orientale. Garant supposé de la stabilité d'une Egypte de plus de quatre-vingt millions d'habitants, intermédiaire précieux entre Israël et les Palestiniens, le raïs pouvait également se vanter d'un bilan économique plutôt satisfaisant, fondé sur une croissance soutenue, même si la moitié de la population égyptienne demeurait en dessous du seuil de pauvreté. Il présentait de plus l'avantage, du moins le croyait-on, de contenir la montée en puissance de « l'islamisme » anti-occidental porté par les Frères Musulmans. Ces tranquilles certitudes se sont effondrées en l'espace de quelques jours, quand la « rue arabe », saturée d'injustices et exaspérée par l'arbitraire et la corruption, qui avaient fini par se confondre avec le pouvoir en place, a obligé le vieux dictateur de quatre-vingt-deux ans à renoncer à ses fonctions pour transmettre le témoin à une armée investie de la lourde responsabilité de conduire une transition des plus incertaines vers une « démocratie » largement rêvée dont chacun se demande si elle ne risque pas de déboucher sur le chaos, sur une victoire des islamistes ou, tout simplement sur la mise en place d'une nouvelle formule autoritaire, dont la « communauté internationale » - en fait les « Occidentaux » s'accomoderait aisément si elle apparaissait en mesure de garantir la stabilité régionale.

Publié avant les derniers événements, l'ouvrage de Mohammed Anouar Moghira aurait pu être lu avec profit par des responsables trop souvent tentés de se contenter, en guise d'analyse, des idées reçues.

Historien et géopoliticien, l'auteur, ancien colonel de l'armée égyptienne - et donc issu du coeur du système - a déjà publié, aux éditions de l'Harmattan, une Histoire du canal de Suez et une biographie précieuse de Mustapha Kamel (1874-1908), l'un des pères fondateurs du nationalisme égyptien. C'est donc avec une expertise indiscutable qu'il se penche sur les trente années écoulées, qui ont correspondu au « règne » de Hosni Moubarak successeur d'Anouar el Sadate après l'attentat qui coûta la vie à ce dernier en 1981.

Au delà du jeu politique, il nous présente les grands « fondamentaux » de la société égyptienne : la question de la démographie et de la surface utile, le problème de l'eau, le poids de l'armée, l'influence sociale réelle des Frères Musulmans et celle, plus difficile à évaluer des oppositions laïques héritières du parti Wafd des tout débuts de l'indépendance. L'ouvrage éclaire également, et de manière approfondie, ce qu'a été le rôle régional de l'Egypte durant toute cette période. Mis au ban de « la nation arabe » après la conclusion de la paix avec Israël, le pays a retrouvé sa place en bénéficiant d'une aide américaine massive et en s'imposant comme un acteur indispensable dans le conflit israëlo-palestinien. La rivalité régionale avec l'Iran est également bien mise en lumière. Ce fort volume de 350 pages constitue donc une introduction indispensable pour aborder les hypothèses ouvertes par les récents événements. Une fois de plus, l'auteur nous démontre à quel point la connaissance affinée d'une société et d'un Etat demeure indispensable pour évaluer les grandes lignes de force qui vont commander son évolution.