Logo Clio
 
Service voyages
Service voyages
Par le feu et par le sang. Le combat clandestin pour l'indépendance d'Israël 1936-1948
Par le feu et par le sang. Le combat clandestin pour l'indépendance d'Israël 1936-1948
Charles Enderlin
Albin Michel
Paris
2008
Le soixantième anniversaire de la proclamation, le 14 mai 1948, de l’Etat d’Israël est l’occasion de plusieurs publications présentant l’intérêt de remettre en cause un certain nombre d’idées reçues ou de mythes fondateurs qui contribuent à l’évidence à compliquer la solution de l’affrontement israëlo-palestinien, dont on sait la part qu’il tient dans la persistance des drames qui affectent le Proche-Orient arabe, plombé depuis bientôt un siècle par les politiques mises en oeuvre par les puissances européennes victorieuses au lendemain de la première guerre mondiale. La représentation longtemps entretenue à propos de la Palestine où s’est édifié l’Etat juif d’une « terre sans peuple pour un peuple sans terre » est évidemment remise en cause par les « nouveaux historiens » israëliens, qui ont accompli depuis une vingtaine d’années un travail considérable, qui fragilise sans doute la légitimité du projet sioniste mais fait honneur à la démocratie israëlienne. C’est ainsi que Ilan Pappé rend compte, dans son « Nettoyage ethnique de la Palestine » publié chez Fayard, des conditions dans lesquelles s’opéra la conquête territoriale effectuée aux dépens des populations autochtones arabes, musulmanes ou chrétiennes. Correspondant de France 2 à Jérusalem depuis 1981, Charles Enderlin, auteur d’une biographie d’Yitzhak Shamir et de plusieurs ouvrages analysant l’échec du processus d’Oslo, est un observateur avisé de ce conflit interminable et il a choisi, dans son dernier livre, de revenir sur les conditions dans lesquelles, à partir du déclenchement de la révolte arabe en 1935, les Juifs de Palestine ont engagé la lutte contre la puissance mandataire britannique et contre les Arabes, eux-mêmes bien décidés désormais à s’opposer à ce qu’ils considéraient tout naturellement comme un ultime avatar de l’expansion coloniale européenne du siècle précédent. L’auteur suit les combattants de la Haganah, les militants du groupe Stern et ceux de l’Irgoun qui n’hésitent pas à recourir au terrorisme pour parvenir à leurs fins. L’assassinat de Lord Moyne, représentant britannique au Caire pour le Proche-Orient, l’attentat contre l’Hôtel King David de Jérusalem ou le meurtre du comte Bernadotte, envoyé en médiateur par l’ONU, sont les épisodes les plus spectaculaires de la guerre de l’ombre alors menée par les militants sionistes. En avril 1948, le massacre de Deir Yassin, perpétré sans distinction contre les combattants et la population civile arabes, constitue, selon le service de renseignement de Tsahal « un facteur décisif accélérant l’exode arabe ». Une violence qui, à défaut d’être justifiée, s’explique par les conditions générales du conflit engagé contre les Arabes, ceux-ci refusant toute perspective de création d’un Etat juif et comptant, une fois levée l’hypothèque du mandat britannique, sur l’intervention des armées des pays arabes voisins pour rejeter les intrus à la mer. Le livre de Charles Enderlin ouvre par ailleurs des perspectives inattendues à propos des contacts établis, au nom de l’hostilité à l’Angleterre, avec l’Allemagne nazie, et des de relations entretenues au lendemain de la guerre par certains militants du groupe Stern avec les communistes tchécoslovaques, au moment où la cause sioniste bénéficie également du soutien des Etats-Unis et de la France. La stabilisation fragile qui suit l’armistice israëlo-arabe conclu à Rhodes contribue à la démobilisation des éléments activistes les plus radicaux, mais on retrouvera ultérieurement un Menahem Begin ou un Yitzhak Shamir au sein de la droite nationaliste israëlienne, à un moment où ceux qui n’avaient pas reculé devant le terrorisme, au nom de la lutte pour l’indépendance de leur peuple, découvraient qu’ils devaient désormais compter avec une résistance palestinienne qui, lasse d’être vainement instrumentalisée par les régimes arabes voisins, recourait aux mêmes méthodes pour réussir à s’imposer sur la scène internationale et à poser le problème palestinien devant l’opinion mondiale.