Avec le temple voisin de Bhubanesvar qui lui est antérieur de deux siècles, le grand sanctuaire de Surya , édifié au XIIIe siècle dans l’Orissa, à Konarak, non loin de Puri, apparaît comme l’un des plus remarquables témoignages de l’architecture hindoue contemporaine de notre Moyen Age.
La construction réalisée en ces lieux est le fruit d’une tradition légendaire selon laquelle Sâmba, fils de Krishna, se tourna vers le dieu solaire Sûrya pour qu’il le guérît de la lèpre. Ayant rencontré la divinité assise sur une fleur de lotus sur la côte du golfe du Bengale, au nord de Puri, il s’installa auprès de lui et fut guéri à l’issue d’une pénitence de douze ans. Ce mythe n’est que la transposition d’un récit plus ancien selon lequel ces événements se seraient produits au Pendjab, sur les rives de la Chenab, près de l’actuelle ville pakistanaise de Multan. C’est le succès rencontré à Konarak par le culte du dieu qui fit transposer en Orissa l’épisode originel, ce qui explique la construction, à l’initiative du roi Narasimha Deva Ier, de l’immense complexe religieux identifié comme la « pagode noire » par les navigateurs qui surnommaient « pagode blanche » le Jagannath Mandir de Puri.
Initialement édifié en bord de mer, le temple est aujourd’hui distant de trois kilomètres des eaux du golfe du Bengale, du fait de l’accumulation dunaire qui s’est effectuée depuis l’époque de sa construction. D’allure massive, le complexe monumental a perdu la haute tour, aujourd’hui effondrée, qui le faisait repérer de loin, mais il vaut par la richesse exceptionnelle de sa décoration sculptée. C’est l’intervention de l’Asiatic Society of Bengal qui entraîna, au XIXe siècle, un premier sauvetage de ce trésor du patrimoine indien. On dégagea la jungle qui envahissait le site et l’on redressa les statues les plus remarquables avant qu’une campagne de restauration systématique soit lancée à partir de 1900, à la suite d’une visite sur place de John Woodburn, le gouverneur britannique du Bengale. Le dégagement du sable qui avait peu à peu enseveli les ruines permit d’exhumer les célèbres roues sculptées devenues un symbole de la tradition indienne.
Le shikara (toit creux voûté en encorbellement qui épouse la base carrée du temple et s‘élève en s’incurvant progressivement) et le jagamohan (bâtiment de plan carré coiffé d’un toit adoptant la forme d’une pyramide à degrés et composé de trois parties principales, séparées par des murets en retrait ornés de sculptures) du temple principal sont installés sur une plate-forme de quatre mètres de hauteur dont toutes les surfaces latérales sont sculptées. L’ensemble figure un chariot colossal tiré par des chevaux et équipé de vingt-quatre roues hautes de trois mètres, elles-mêmes finement sculptées et comportant huit rayons, ornés chacun d’une scène de la vie quotidienne, d’une scène érotique ou d’une image divine. Haut à l’origine de soixante-dix mètres, le shikara comptait trois niches abritant chacune une statue de Sûrya. Avec ses trente-six mètres de côté, le jagamohan présentait, à l’intérieur, un espace libre de vingt mètres de côté atteignant trente mètres de hauteur, c’est-à-dire l’un des plus grands volumes réalisés par les architectes hindous. Face au jagamohan, le nata-mandapa ou « hall de la danse », parfois nommé bhogha-mandapa ou « hall des offrandes » se trouve sur une plate-forme séparée et offre aux regards une multitude foisonnante de sculptures, notamment féminines.
La richesse du décor – le temple principal est couvert de statues dans sa totalité fait en effet une grande part de l’intérêt que revêt le sanctuaire de Konarak. Les thèmes iconographiques peuvent être classés en plusieurs catégories : les dieux, les apsaras ou nymphes célestes, des scènes diverses tirées de la vie quotidienne, des femmes à leur toilette aux chasses royales, des animaux – on recense même la présence d’une girafe africaine, tout à fait insolite en ces lieux – enfin de multiples motifs ornementaux géométriques ou floraux. Une inspiration prolifique qui témoigne de la vitalité de la spiritualité hindoue au moment où elle se trouve menacée par les puissantes principautés musulmanes qui se sont imposées dans la partie septentrionale du subcontinent.
Avec une population qui a dépassé le cap du milliard d’habitants et avec son espace quasi-continental (3 287 590 km2), l’Union indienne apparaît d’ores ...