La falaise de Bandiagara, au coeur du pays dogon
Mali
Rempart cyclopéen barrant l’horizon, falaise de grès tombant à pic sur la plaine qui s’étend quatre cents mètres plus bas, montagne et citadelle, le paysage tout à fait insolite que l’on rencontre dans la région de Bandiagara apparaît comme l’un des plus étonnants d’Afrique occidentale. Elément d’une longue chaîne s’étirant du sud-ouest au nord-est sur deux cents kilomètres, jusqu’aux monts de Hombori où culmine, à 1155 mètres d’altitude, le sommet le plus élevé du Mali, la falaise sacrée du pays dogon fut un refuge pour tous ceux qui, jusqu’à l’époque de la colonisation européenne, surent résister à tous les conquérants successifs. Plusieurs villages accrochés aux pentes de la montagne témoignent des préoccupations défensives de leurs lointains bâtisseurs. Coiffées de leurs toits de paille pointus, de modestes constructions de pierre font encore fonction de greniers, voire de sépultures. Les villages de Tégrou, de Kani Kombolé, de Téli, de Banani et de Tirelli (avec sa maison des fétiches) ponctuent les flancs de la falaise où se sont réfugiés les Dogon jadis menacés par les Mossi ou les Peuls. Etablis là au XVe siècle, les Dogon se partagèrent le territoire entre quatre tribus originelles auxquelles se rattachent toujours les villages d’aujourd’hui (Dyon sur le plateau, Arou sur la falaise, Domno et Ono dans la plaine). Se revendiquant comme descendants des Mandé de l’ancien empire du Mali, les Dogon demeurent l’une des ethnies africaines les mieux connues, grâce aux travaux de l’ethnologue français Marcel Griaule, qui a révélé la complexité de leur cosmogonie. Ils ont réussi à préserver, malgré l’intérêt qu’ils suscitent chez les touristes contemporains, l‘essentiel de leur civilisation traditionnelle, connue à l’extérieur par la richesse de leurs rituels funéraires et par les admirables masques sculptés que portent les danseurs chargés de transmettre, de génération en génération, les mythes essentiels de la communauté. Dans une Afrique subsaharienne confrontée au choc brutal de la modernité, les hommes du pays dogon continuent à témoigner, à travers la permanence de leurs pratiques ancestrales, de l’âme profonde du continent noir.