Fondée en 1010 pour contrôler la voie fluviale de la Volga, Iaroslavl - qui fait partie du célèbre « Anneau d’or », la douzaine de villes ou de villages formant, au nord-est de Moscou, un circuit de plus de sept cents kilomètres au fil duquel on peut admirer certains des vestiges architecturaux les plus beaux et les plus émouvants de la Russie prémoscovite – n’a cependant connu son apogée qu’aux XVIème et XVIIème siècles, quand elle fut pour quelques années, à la faveur du « Temps des troubles », la capitale du pays, avant de bénéficier des faveurs des premiers souverains Romanov. Tirant profit de sa position sur la Haute Volga, elle sut attirer les marchands anglais qui tentaient de s’ouvrir à travers la Russie la route continentale des Indes. De riches familles de négociants mirent alors leur fortune au service de l’embellissement de la cité, en finançant la construction de superbes sanctuaires. L’église de la Transfiguration du Sauveur fut édifiée de 1503 à 1516 sur les ruines d’une église du XIIIème siècle pour devenir le lieu de sépulture des princes et des marchands les plus fortunés. C’est là que l’on a retrouvé par hasard au XVIIIème siècle le célèbre manuscrit du Dit de la troupe d’Igor, brûlé en 1812 lors de l’incendie de Moscou. L’église la plus célèbre de Iaroslavl demeure cependant celle du Prophète Elie, construite de 1647 à 1650. Elle remplaça alors un sanctuaire de bois édifié à la demande d’Anicet et de Niphonte Skripine, des marchands de fourrures que leur richesse avait transformés en interlocuteurs incontournables du tsar et du patriarche orthodoxe. L’église fut élevée au centre d’une grande place et surmontée de cinq coupoles. Conçue selon un plan classique, elle était entourée de tous côtés par une haute galerie décorée. Le tsar Alexis Mikhaïlovitch donna à ce sanctuaire une précieuse relique, un morceau de la robe du Christ, qui témoignait de la haute protection qu’il entendait ainsi lui accorder. La célébrité de ce sanctuaire tient surtout aux fresques réalisées en 1680 par une équipe de quinze peintres dirigés par deux maîtres célèbres, Gurija Nikitine et Sila Savine. Un artiste local, Dimitri Semenov, s’investit aussi dans la réalisation de cette œuvre. Le décor de l’église, consacré à la vie du prophète Elie et à celle de son disciple Elisée, n’a jamais été restauré et se trouve donc dans son état originel. L’une des figurations les plus célèbres est celle de la moisson, qui marque l’apparition dans la peinture murale de scènes de la vie quotidienne, ce qui constitue, au XVIIème siècle, une vraie nouveauté dans la tradition artistique russe. Bien que rarement visitée, un autre sanctuaire de Iaroslavl apparaît tout à fait exceptionnel. Il s’agit de l’église Saint Jean Baptiste, construite de 1681 à 1687. Des fresques du décor intérieur, réalisées entre 1694 et 1695, on retiendra les scènes tirées de l’Apocalypse de Saint Jean et celles inspirées par un manuscrit flamand conservé aujourd’hui à Bruxelles. L’atelier de seize artistes qui réalisa l’ensemble était dirigé par deux maîtres de Iaroslavl, Fédor Ignatiev et Dimitri Plekhanov, ce dernier ayant participé à la décoration de l’église de l’Archange Michel du Kremlin de Moscou et à celle de l’église de la Dormition du monastère de la Trinité Saint Serge de Zagorsk. Dans son Dictionnaire amoureux de la Russie, Dominique Fernandez nous rappelle également que Iaroslavl vit la création - par Fiodor Volkov, en 1750 – du premier théâtre professionnel russe dont les acteurs jouèrent en cette circonstance l’Esther de Racine, en s’inspirant à la fois de l’opéra italien tel qu’il était apprécié à Saint Petersbourg, à la cour de la tsarine Elizabeth, et des fêtes communautaires russes.