Le Crac des Chevaliers. De Tancrède à Saint Louis
Syrie
« Le plus admirable de tous les châteaux du monde » selon Thomas Edward Lawrence, alias Lawrence d'Arabie, qui découvrit l’Orient pour aller y étudier l’architecture militaire du temps des Croisades, le Crac des chevaliers se dresse à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Homs, à 650 m d’altitude, sur les ultimes contreforts du Djebel Ansarieh, sur ces hauteurs qui séparent la frange côtière syrienne de Tartous et de Lattaquié de l’arrière-pays. Il domine une vaste vallée fertile empruntée par les marchands assurant la liaison entre la vallée de l’Oronte et le littoral de la Méditerranée. Poste d’observation et base arrière d’opérations militaires d’envergure, il fut l’un des plus importants de ces châteaux croisés qui fournirent des modèles pour ceux qui s’édifièrent en Europe - dont le célèbre Château Gaillard – à partir des premières années du XIIIème siècle. Position occupée à l’origine par une troupe de guerriers kurdes au service de l’émir de Homs, le « Château de la pente » est enlevé par le prince croisé Tancrède. Trente ans plus tard, en 1142, le comte Raymond II de Tripoli, à court de ressources, le confie à l’ordre de l’Hôpital qui occupe désormais le Krak dont le nom est issu du terme syriaque désignant une forteresse. La place subit victorieusement de nombreux sièges durant la seconde moitié du XIIème siècle, quand Saladin entreprend la reconquête méthodique de la Terre Sainte et renforce régulièrement ses défenses, davantage éprouvée par de fréquents séismes que par l’ennemi musulman. La montée en puissance des sultans mamelouks d’Egypte va lui être cependant fatale puisque Baïbars, fort du succès remporté contre les Mongols sur l’Euphrate, réussit à s’emparer de la place en avril 1271. Protégé par deux enceintes, le Crac se présente aujourd’hui comme une synthèse des différentes composantes architecturales franques et musulmanes. On peut, depuis la terrasse du donjon, admirer au nord le Djebel Ansarieh, à l’est la vallée de l’Oronte, au sud-est la trouée de Homs et au sud les chaînes du Liban, ce qui confirme l’importance stratégique que revêtait l’endroit dans le contexte des luttes qui opposèrent pendant près de deux siècles les Croisés, trop peu nombreux pour défendre durablement les Etats latins de Terre Sainte, et leurs adversaires musulmans.